Peter Mann : « En cinq ans, le sport automobile m’a beaucoup apporté »

#51 AF CORSE (ITA) FERRARI 488 GT3 PETER MANN (USA)

Retiré de la compétition depuis janvier dernier avec en guise d’adieu une participation aux 24 Heures de Daytona sur une Ferrari 488 GT3, Peter Mann n’a pas pour autant quitté les circuits. Dès qu’il le peut, on le retrouve dans le stand AF Corse. C’était encore le cas le week-end dernier à Spa. Entre Peter Mann et Ferrari, l’histoire d’amour dure depuis bien longtemps. Le président honoraire du Club Ferrari France Motorsports a fait toute sa carrière sportive sur des autos de la marque de Maranello, aussi bien à Spa, qu’au Mans ou à Daytona. Le Franco-Américain est revenu avec nous sur sa passion du sport automobile.

L’histoire avec Ferrari remonte à longtemps ?

« Mon grand-père (Pierre-Louis Dreyfus, ndlr) a été le premier pilote privé à disputer les 24 Heures du Mans sur une Ferrari. C’était en 1949 sur une 166MM qu’il partageait avec Jean Lucas. Malheureusement, il n’a pas vu l’arrivée. J’ai toujours rêvé de l’automobile et de Ferrari. J’étais un gamin turbulent et le seul endroit où j’étais calme était dans la Ferrari de mon grand-père. »

Vous vous êtes vite lié à AF Corse…

« AF Corse est pour moi une vraie famille. Maintenant, j’ai quitté le rôle de pilote pour celui d’observateur (rire). J’ai débuté la compétition automobile à 56 ans en rêvant de disputer un jour les 24 Heures du Mans. J’en ai tellement rêvé en me disant que ce rêve resterait inaccessible. »

Tout a pourtant débuté sur le grand circuit du Mans…

« J’ai disputé Le Mans Classic en 2012 sur une Lola T70. C’était assez frustrant car le temps de roulage était court. Amato Ferrari (le patron d’AF Corse, ndlr) m’a dit que j’étais fou de rouler à près de 60 ans dans les Hunaudières à 320 km/h avec des autos aussi anciennes sachant que j’ai cinq enfants à la maison. Je tournais tout de même en 4.27mn. Je me suis dit que j’étais trop vieux et pas assez bon pour rouler en moderne, ce à quoi Amato m’a rétorqué « tu en sais quoi ? » Un test a ensuite été organisé à Valencia le lendemain des Finali Mondiali. »

Et c’est parti…

« Amato m’a dit que ce n’était pas trop mal. Je me suis dit que j’allais disputer Le Mans l’année suivante mais Amato a freiné mes ardeurs en me disant « avant d’aller au Mans, tu vas apprendre. » J’ai donc débuté en Blancpain Endurance Cup avec une 5e place à Silverstone pour mes débuts puis un podium au Paul Ricard. Les 24 Heures de Spa ont été plus compliquées. J’y ai vite pris goût mais il n’était pas question d’aller au Mans en GT3. »

Les 24 Heures du Mans n’étaient plus un rêve ?

« Disons que le rêve se transformait petit à petit en réalité. Pour aller au Mans, il fallait se préparer à rouler sur une GTE équipée de pneus confidentiels. J’ai donc roulé en FIA WEC à Spa et en ELMS à Imola tout en continuant dans le championnat Blancpain avec une victoire à Spa et le titre à la clé en Gentleman Trophy. A Spa, lors de la manche FIA WEC, j’ai pris la piste pour la première fois sous la pluie et Mark Webber m’a dépassé dans le Raidillon. Je me suis demandé un instant ce que je faisais là. Le Mans a été compliqué avec un abandon alors que le podium de classe était possible. J’avais promis à ma femme de ne faire Le Mans qu’une seule fois. En me voyant dépité, elle a bien compris que ce n’était pas terminé. »

Les 24 Heures du Mans 2015 se sont mieux déroulées ?

« Nous sommes passés des pneus confidentiels Michelin aux pneus du commerce Dunlop en ELMS et donc au Mans. Malheureusement, le moteur de la Ferrari 458 s’est arrêté dans le tour de formation. La batterie a été changée et nos espoirs ont bien failli s’envoler quand on a explosé un pneu à près de 300 km/h sans rien toucher. Nous avons finalement pris la 5e place en GTE-Am. »

Retour en GT3 la saison dernière…

« L’an dernier, nous avons fait débuter la 488 GT3 qui était assez compliquée à piloter pour les gentlemen. J’ai aussi pris part aux 24 Heures de Daytona et 12 Heures de Sebring. J’ai voulu revenir à Daytona cette année pour finir en beauté avec un bel équipage à cinq avec Mediani, Mastronardi, Pier Guidi et Rigon. C’était en quelque sorte une dream team avec Luca Massè, l’ingénieur de la #51 en FIA WEC, et le chef mécano de cette même #51. On a mené la course avant d’abandonner sur une casse moteur. »

La page sport automobile en tant que pilote est définitivement terminée ?

« J’ai 61 ans cette année et dans la foulée de Daytona je suis rentré à Paris pour être opéré d’un cancer. Neuf semaines après l’opération, je remontais dans une Formule 1. Le sport automobile est une drogue et je suis un passionné du championnat Blancpain. Il fallait trouver un moyen que Ferrari gagne en Pro et nous soutenons l’engagement du SMP Racing. Amato est un vrai ami comme Antonello Coletta qui m’a confié que j’avais écrit une page de l’histoire de Ferrari. Personne ne peut préparer une auto mieux qu’AF Corse. Ils sont les plus forts. Tout se passe sur la piste, pas dans le paraître. En cinq ans, le sport automobile m’a beaucoup apporté, notamment de garder la forme. Je continue de m’entraîner et j’ai toujours ma licence dans ma poche au cas où… »