Blancpain Endurance Series

Patrice Goueslard : “Continuer à m’éclater au volant d’une GT en 2014″

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Depuis maintenant plus de deux décennies, Patrice Goueslard écume les pelotons GT avec un palmarès qui parle pour lui : Champion de France GT 1997, 2002 et 2003, Vice-Champion de France GT 1998, 1999 et 2001, Champion FIA-GT 2000, Champion GT European Le Mans Series 2008, 2009 et 2010, Vainqueur GT des 24 Heures de Daytona 1997, 16 participations aux 24 Heures du Mans dont une 3ème place en 1997 et 2006 (GT). Cette saison, le Normand est à nouveau reparti avec une couronne en raflant le Gentlemen Trophy de la Blancpain Endurance Series sur une Ferrari 458 Italia du team SOFREV-ASP en compagnie de Jean-Luc Blanchemain et Jean-Luc Beaubelique. Le trio s’est joué de la concurrence à la régulière avec comme point d’orgue une victoire aux 24 Heures de Spa. Force est de constater que la saison 2013 de Patrice Goueslard est a été positive au sein d’un équipage et d’une équipe où professionnalisme rime avec bonne humeur. A près de 50 ans, l’ancien Champion FIA-GT de la belle époque a tout à fait sa place dans un équipage d’endurance. Entretien avec un Patrice qui ne manie pas la langue de bois…

20130414133135-64e814b0Quel est le bilan de ta saison 2013 :

« La course de Monza a donné le ton de la saison. Nous avons pris à nouveau le championnat Blancpain et la classe Gentlemen Trophy très au sérieux, et dès la première course nous avons réalisé de belles choses : essais libres, qualifications et une course très solide en résistant durant trois heures à des pilotes Italiens aguerris à Monza au sein d’un team de référence : AF Corse. Je me suis senti particulièrement à l’aise, au point de déclencher des réclamations de la part de nos concurrents concernant mon statut de Silver ! Je voudrais leur rappeler que le règlement autorise un pilote de plus de 40 ans (ndlr : Patrice a 48 ans) à participer dans la catégorie Gentlemen Trophy avec deux Bronze. C’était notre cas ! D’ailleurs, ils ont en partie gagné leurs revendications car Stéphane Ratel a décidé pour 2014 que cette classe serait 100% Bronze : Est-ce une bonne idée ? Nous verrons la grille en 2014.

 Ensuite, il y a eu Silverstone avec un problème lors du ravitaillement qui nous a repoussé au pied du podium. Nous avons poursuivi avec une victoire très facile au Castellet, sans oublier les 24 Heures de Spa. L’abandon au Blancpain 1000 km, à l’occasion la finale, à cause d’un freinage suicidaire d’une Nissan ne nous a pas permis de terminer sur une bonne note. La Nissan est venue détruire notre course à la quatrième heure : nous étions 2e en bagarre pour la victoire à 7 secondes du leader. Tout était encore largement jouable. »

20130728115427-e0a90819 Un mot sur  le team SOFREC-ASP et tes coéquipiers…

« Une saison très sympa car l’ensemble team, voiture, coéquipiers, ingénieurs a parfaitement fonctionné. Tout le monde était motivé, intelligent avec le sens de la course. Jérôme Policand a su rendre son team professionnel et agréable à vivre. Je pense qu’il n’y a qu’un ancien pilote, qui monte sa structure comme Jérôme a pu le faire, qui arrive à s’approcher à 100% de ce que recherchent des amateurs comme mes deux Jean-Luc et moi-même. Le team Sofrev est prêt pour faire de belles choses au niveau international, si le financement est au rendez-vous. D’ailleurs les résultats sont là et bien là : victoire GT Tour, 24 Heures de Spa et championnat Blancpain. C’est vraiment dommage de ne pas pouvoir remettre notre titre en 2014… »

20130728180304-e902b8cb Les 24 Heures de Spa ont été le tournant de la saison. Un vrai sprint de 24 heures…

« Comme toutes les courses de 24 heures que tu gagnes, les 24 Heures de Spa ont été (presque) tranquille, hormis ce problème d’embrayage et ce drive-trough à 30 minutes de l’arrivée. On m’avait demandé de prendre le départ et j’ai géré le début de course comme je sais le faire, a savoir éviter les fautes, les accrochages, gérer les neutralisations, etc… Ensuite les relais se sont enchainés et mes trois coéquipiers ont été parfaits. Juste une crevaison pour Jean-Luc Blanchemain. Notre recrue Belge, Fred Bouvy, a fait lui aussi un super boulot sachant que ce devait être sa 20ème participation. Je pense que Fred Bouvy est né sur le circuit de Spa ! Comme les autres années, la voiture était parfaitement préparée, Jérôme et Thierry Gravier nous ont concocté tous les deux une stratégie parfaite, tout a quasiment été parfait. En plus ma famille, mes amis et mes partenaires étaient venus m’encourager donc la mini semaine de Francorchamps restera dans mes mémoires. »

20130728115622-46e295fb Avec les GT3, retrouves-tu le même engouement que tu as connu avec les GT1 ?

« Non car même si une GT3 est vraiment agréable à piloter, il me manque la puissance, le freinage carbone, le coté prototype de ces GT1. Alors que les GT3 sont construites sur la base d’une voiture de tourisme de série, les GT1 étaient de vraies bêtes de course et elles avaient un coté unique. Je crois que le summum des GT1 fut la Porsche 911 GT1… Temps moyen au tour aux 24 Heures du Mans : 3 minutes 40 alors qu’une GT3 serait environ en 4 minutes. Cependant, le GT3 fonctionne bien car le rapport prix/plaisir est énorme, sans compter que c’est la crise. On peut presque acheter trois GT3 en 2013 contre une GT1 en 1997 ! Je suis nostalgique des GT1 mais je reconnais que le concept GT3 est top… dommage que l’ACO n’en veuille pas pour le moment. On pourrait presque faire les 24 heures du Mans qu’avec des GT3 : 55 voitures / 15 constructeurs ! »

20130602181543-e482a891 Compte tenu de ton expérience, quel est ton regard actuel sur l’endurance ?

« On ne va pas parler des guéguerres que se font FIA, ACO et autres organisateurs… Mais si tout le monde se mettait d’accord, l’endurance serait encore plus en haut de l’affiche. Il y a, à mon avis, trop de championnats, trop de règlements, trop de « petits arrangements » ! C’est un dossier à risque alors j’arrête la, de peur de me mettre à dos tout ce petit monde… Plus sérieusement, la crise économique pèse en sport automobile, plus que sur n’importe quel autre sport. Donc les cartes sont redistribuées et l’Endurance, du fait de partager le budget, comme le volant, à deux ou trois pilotes, en bénéficie. Il y a un engouement pour l’Endurance pour les jeunes pilotes car le coût est moins élevé qu’en monoplace. Ce n’était pas le cas dans les années 90 et 2000. De toutes façons la filière monoplace est bouchée alors que des baquets de pilote Usine sont à pourvoir en Endurance ; C’est plutôt une bonne chose. Le coté négatif c’est que ce sport coûte cher, et que de plus en plus, les grilles de départ sont remplis de Pilote-Chef d’entreprise. Ce sont les seuls à pouvoir s’autofinancer. Il y a de moins en moins de place pour les pilotes professionnels. C’est un constat et pas une critique. Je suis assez tolérant et ouvert pour accepter qu’un amateur se fasse plaisir en se payant un volant pour les 24 Heures de Dubai ou Spa. Mais ce sport est de plus en plus un sport de « riches », comme on l’entend vulgairement. Vu de ma fenêtre, je ne m’en plains pas puisque je recherche à épauler, coacher et encadrer ces chefs d’entreprise et les amener sur le podium le week-end… Il faut être pragmatique et réaliste ! »

20130630195852-c04fc473 Notamment en GTE-Am ou la catégorisation de pilotes est parfois aléatoire ?

« Je crois que l’organisateur qui saura au mieux gérer son règlement sportif et technique remportera la bataille GT et verra sa grille de départ grossir. C’est le cas du Blancpain Endurance Series. La catégorisation des pilotes est regardée de très près, la balance de performance est quasi parfaite pour tout le monde hormis aussi à Spa. Il y a une volonté de questionner les concurrents, les spectateurs, les acteurs afin de produire du sur mesure… c’est déjà une démarche qui n’est pas commune. Il y aura toujours à redire et il y aura toujours des mécontents. La réussite se juge sur le nombre de clients contents donc sur le nombre de voitures sur la grille de départ. Pour le GTE-Am, je ne connais pas trop les détails des problèmes rencontrés mais je ne comprends pas que des pilotes Usine, par exemple Pedro Lamy, que j’adore, et avec qui j’ai fait un super résultat au 24 Heures du Mans, ou encore Patrick Pilet contre qui je n’ai rien, puissent être acceptés dans une catégorie Am aux 24 Heures du Mans, qui restent la course la plus médiatisée de l’endurance. Comment expliquer à des spectateurs, des annonceurs, la crédibilité de la catégorie ? Il est vrai que c’était en 2011 mais on voit qu’en 2013 ce n’est pas mieux avec les derniers problèmes entre les pilotes Aston Martin, IMSA et autres. Avec la diminution des sponsors et l’augmentation des pilotes amateurs, cette cohabitation et donc cette catégorisation va être de plus en plus surveillée par les acteurs des différents championnats. Il n’y a qu’une seule solution, c’est de prendre les chronos (en course) réalisés par tous les pilotes l’année passée afin d’en extraire une moyenne et de définir si il a ou non sa place en amateur, en comparaison des chronos des professionnels… pas facile et pas mal de boulot mais au moins c’est du concret ! » 20130602164241-802656ceQuels sont tes plans pour 2014 ?

« Trouver un budget pour continuer à m’éclater au volant d’une GT en Endurance. C’est ce qui m’a toujours passionné et encore aujourd’hui je trouve les plateaux de voitures Grand Tourisme exceptionnels… Je ne peux plus continuer à piloter dans la classe Gentlemen Trophy en Blancpain Endurance Series du fait du changement de règlement (avec trois Bronze en 2014 au lieu de deux bronze et un Silver en 2013, donc je regarde en ELMS et en VdeV Endurance Series. Je propose mon expérience et mes compétences afin d’encadrer deux pilotes amateurs. Je souhaite vraiment trouver une solution avec Jérôme Policand pour continuer dans son team, et si ce n’est pas possible, j’aviserais… Après Ferrari en 2013, pourquoi pas Porsche en 2014, le constructeur de mes débuts en GT… »

 

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