La découverte des Total 24 Heures de Spa par Etienne, part 3…

Suite et fin de la chronique d’Etienne, le lecteur d’Endurance-Info qui a suivi notre équipe en immersion lors des Total 24 Heures de Spa…

Une course d’anthologie…

J’arrive sur le circuit vers 10h. Le circuit a réussi à chasser la canicule pour tout le reste du week-end ! Quand j’arrive dans la salle de presse pour rédiger mon deuxième article, sur l’emplacement Endurance-Info, il y avait les commentateurs de la course. Ils faisaient leur planning pour se relayer durant la course. Ils sont 5: Laurent Mercier, Thomas Bastin, Vincent Franssen, Benoît Galand, et Antoni Coppi. On peut vraiment dire que c’est le 64e équipage des Total 24 Heures de Spa 2018.

Après avoir bouclé mon deuxième article et mangé à la Pit Brasserie une nouvelle fois avec cette vue incomparable sur le circuit, je vais sur la grille de départ, ce qui me permet d’accéder aux voitures avant leur tour de formation. Il fallait montrer patte blanche pour y accéder avec la vérification du bon pass. La foule était importante. Je voulais retrouver la Bentley #31, il y avait le staff qui devaient sans doute vérifier l’électronique dans la voiture avec leurs ordinateurs portables ou établir des stratégies.

Ensuite, tour de formation et place à la course ! Après que l’Audi #2 ait chipé la tête à l’Aston Martin #62, cette dernière prend l’avantage quelques temps après ! Après 3 heures de course, cette vaillante V12 Vantage creusait l’écart sur l’Audi, la Lamborghini et la Bentley.

C’est à cet instant que les 24 Heures de Spa m’ont une nouvelle fois surpris, à la 3e heure, avec le premier Full Course Yellow (la course est neutralisée, les voitures sont à 80 km/h sur l’ensemble du circuit), les trois voitures de tête s’étaient déjà arrêtées, tandis que la Bentley #8 effectuait un pitstop pendant cette neutralisation, et vu que toutes les voitures sur le circuit étaient à cette vitesse limitée, son arrêt au stand lui a fait gagner un temps considérable par rapport à l’Aston Martin, reprenant la tête avec 40 secondes d’avance lors de la relance de la course ! La course a changé de visage pour la première fois ! Des concurrents, qu’on pensaient décrocher par les quatre voitures de tête, sont passés devant les 3 autos qui se sont fait piéger par ce Full Course Yellow. L’Aston Martin de tête ne reverra plus la première place… Je regrette un peu, dommage pour eux. Le nouveau Top 4 est composé de la Bentley #8, Lexus #14, Nissan #23 et une Mercedes. Même si la Nissan est parvenue à prendre la deuxième place sur la Lexus, une Audi fait une remontée et reprend la deuxième place de la Nissan.

La nuit était tombée et après 7 heures de course, la Bentley #8 est toujours en tête devant les BMW du ROWE Racing et du Walkenhorst qui ne s’étaient pas encore arrêtées à ce moment-là de la course, donc des places fictives (plus pour longtemps). Un peu plus tard, la Bentley #8 est contrainte à rentrer dans son box malgré une belle prestation, ses chances de victoires sont parties mais on misait encore sur la Bentley #7 qui, même en partant de la 61e place, se trouvait dans le même tour des leaders ! Lamborghini, Ferrari et McLaren perdent toute chance de victoire à cause de déboires en piste, Lexus et Nissan perdent à nouveau du terrain. La Porsche #117 tient bien le coup.

Les abandons commencent à s’accumuler, et vers 1 heure du matin, Stéphane Ortelli sort de la piste dans le Raidillon, sa Lexus commençant à brûler. Il a dû aller à l’hôpital, mais à l’heure actuelle, tout va mieux ! Quand j’y repense, il m’avait serré la main juste avant le briefing des pilotes mercredi dernier, il me taquinait du fait que j’avais une casquette BMW. Sur le coup, je n’avais pas compris pourquoi il avait dit ça, même si il blaguait, ce n’est que lorsqu’il s’est retourné que sur son dos était marqué: Emil Frey Lexus. Sur l’avant de son polo, il n’y avait rien. Comment ne pas reconnaître le vainqueur des 24 Heures de Spa 2003…

De retour à la course, vers 2 h 00 du matin, alors que le visage de la course a changé au moins 3 fois grâce à plusieurs Full Course Yellow qui ont rabattu toutes les cartes pour les équipages de tête en termes de stratégie, je décide de faire le tour complet du circuit afin de revenir vers 3-4 heures du matin dans la salle de presse. Je ne pensais pas qu’il ferait aussi froid (12°C). Avant d’aborder l’extérieur du Raidillon, je filme depuis les tribunes qui font face aux stands Endurance. Il y a quand même beaucoup de personnes en dépit de l’heure, les tribunes n’étaient pas si vides que ça. Les GT3 attaquent le Raidillon d’une façon toujours aussi spectaculaire en faisant souffrir leur fond plat et laissant des gerbes d’étincelles à l’entrée du Raidillon, à plus de 230 km/h…

Après avoir escaladé la colline du Raidillon, je vois certaines voitures qui dépassent les limites de la piste à la toute fin du virage, dans la zone en aveugle. En même temps, ce virage est tellement exigeant… Je continue mon chemin vers la ligne droite de Kemmel, il est 3 heures du matin, l’adrénaline et l’ambiance de la course me font chasser ma fatigue. C’est alors qu’il y a un Full Course Yellow, puis un drapeau rouge…au Raidillon. Je fais demi-tour sans réfléchir. Arrivé au niveau du Raidillon, il y avait des ambulances, des camions dépanneurs et des camions de pompiers. Noyé dans tout ces véhicules et de leurs lumières bleues, j’aperçois une ligne blanche, et un aileron arrière que je connais que trop bien… J’essaye de mieux apercevoir en espérant me tromper, lorsque je vois le numéro 31 sur la portière droite entre deux véhicules de secours…

Le temps s’est arrêté…

Devant moi se trouve une mécanique morte. La pauvre Bentley n’a plus son moteur. Son V8 au son de bourdon s’est sans doute pulvérisé. L’avant est déchiqueté. Il ne reste plus rien. Tout le reste de la Bentley est salement cabossé. Malheureusement, elle ira à la casse. Ce châssis emporte avec elle quatre ans d’histoire (le châssis datait de 2014, quand j’avais un peu discuté avec l’équipe). Il y a beau avoir 300 personnes à observer la piste au niveau du Raidillon, le silence règne. Seuls les moteurs diesels des camions de dépannage viennent agresser ce vide. Ce silence est synonyme d’effroi pour les spectateurs sur place qui ont assister au crash, car l’impact a été d’une extrême violence. En voyant la Bentley et la Lamborghini qu’elle a percuté dans la zone en aveugle du Raidillon (la Lamborghini était sans doute en perdition à l’envers de la piste), on se demande dans quel état se trouvent les pilotes. Andy Meyrick et Jürgen Krebs souffrent de fractures aux jambes. Ce sont clairement des miraculés de ce choc, qui a sans doute été frontal. En espérant le meilleur rétablissement pour eux. Malgré la sécurité, le sport automobile reste dangereux. La preuve cette nuit-là…

Franchement, ça m’a plombé cet accident… Je décide d’abandonner le grand tour du circuit. Avant de rentrer en salle de presse, je suis allé voir le paddock du Team Parker Racing, l’ambiance était ce qu’elle était… J’ai voulu réconforter, mais, au final, je n’ai pas osé les déranger.

4 h 30 du matin : le sommeil me neutralise tel un drapeau jaune, je m’endors dans une des cabines de speaker vides. Je reconnais les voix des commentateurs anglais. Après 2 heures de sommeil, le jour s’est déjà levé ! Il y a un Full Course Yellow qui dure depuis 1 heure quand je me suis réveillé, je n’ai donc pas manqué grand chose, à part les deux BMW, deux Audi et une Mercedes qui ont fait leur arrêt technique obligatoire juste avant cette neutralisation, ils ont du coup profité d’un avantage plus que conséquent sur tout les autres équipages. Il reste neuf heures de course et pourtant ces cinq dernières voitures, séparées d’à peine 1 minute, vont nous offrir du suspense en termes de stratégie…

Vers 7 h 30, Laurent m’accompagne dans la cabine des commentateurs et j’ai eu une petite interview avec Thomas Bastin qui me posait des questions. Sur le coup, je suis moins rapide que lui au niveau du débit vocal et, même si je n’ai aucune pression, je dis ce que je pense sur le coup, la course en elle-même, l’organisation de SRO, mais je regrette de ne pas en avoir dit beaucoup plus, peut-être à cause de mon réveil difficile. Il reste 8 h 30 de course, je vais occuper la cabine des commentateurs plus de six heures. Je n’ai pas du tout vu le temps passer. Passer mon temps avec les commentateurs a été un régal !

Dans leur cabine, ils ont cinq écrans, un qui diffuse la course, trois qui montrent chacun les classements de 20 voitures et un autre écran qui montre le circuit avec les emplacements de chaque voiture en temps réel grâce à leur balise. Il y aussi des affiches de toutes les voitures et tous les noms des pilotes engagés. Vincent Franssen, Thomas Bastin et Laurent se relaient. Pendant un moment il y a aussi eu Benoît Galand. Je me rends compte qu’être dans la cabine des commentateurs est un très bon endroit pour suivre la course car ils ont presque toutes les informations. Dans la salle d’à côté, il y a deux « informateurs » qui leur passent d’autres informations, notamment la durée des pitstops pour savoir si les cinq voitures de tête ont utilisé leur Joker afin de ruser pour gagner du temps. Les commentateurs se relaient, je peux discuter avec Vincent Franssen en lui racontant que j’étais venu au Spa 400 en 2017 et afin de savoir aussi quel était son parcours, etc… Vincent commente depuis très jeune et il a commencé à Zolder. Ce n’est que depuis 1996-97 qu’il commente à Spa.

Ce qui m’a plus retenu l’attention, c’est la prestation de Thomas Bastin. Son débit vocal est vraiment très rapide et, dès qu’il bloque sur quelque chose, au bout d’une demi-seconde, il trouve tout de suite la solution, c’est incroyable ! Pendant qu’il explique des choses, il épluche les classeurs sur le bureau en même temps, lorsqu’il parle de tel pilote qui a gagné en telle année, etc… Beaucoup de gens ne se rendent pas compte de sa gestuelle et de ses expressions lorsqu’il explique la situation sur la course, ils ratent quelque chose… Il est obligé de parler assez fort, il prend au moins un Strepsil toutes les 3 heures pour entretenir sa gorge ! Bref, il déborde d’une énergie intarissable pour beaucoup de monde, qui se nomme: la Passion.

Sur les six dernières heures, lorsqu’on est avec les commentateurs, l’effet de suspense est beaucoup plus renforcé que lorsque qu’on regarde la course depuis son PC. Dans les dernières heures qui suivent, les équipages BMW sont plus efficaces lors des arrêts aux stand par rapport aux Mercedes et aux Audi, même si les Audi tiennent mieux la distance. La Porsche #117 s’est intercalée à la 5e place dans le même tour lorsque cet équipage, une Audi, et la Bentley #8 se piègent tout les trois dans un carambolage assez spectaculaire ! Les trois voitures abandonneront plus ou moins tard à cause de cet incident, et c’est assez rare de voir un seul fait de course mettre au tapis trois équipages qui ont pu ramener leur voiture dans leurs stands…

Ensuite, les écarts se stabilisent, les BMW n’ont que 10 et 20 secondes d’avance sur la première Audi. Et enfin, BMW franchit la ligne d’arrivée pour une 24e victoire inattendue et  un doublé ! Qui aurait cru que la BMW #34 du Walkenhorst Motorsport gagnerait cette course ? Ils ont sans doute su éviter le maximum de pénalités et, en termes de performance pure, les BMW sont toujours aussi à l’aise à Spa. On a cru à Aston Martin, Audi, Porsche, Mercedes, Bentley, mais c’est toujours BMW qui sort son épingle du jeu, dans une course qui aura été une roulette russe même si la pluie ne s’est pas invitée durant la course ! Cette course aura quand même blessé quelques pilotes…

Du côté de la cabine, après avoir commenté les derniers highlights, c’est la fin de transmission, Laurent et Thomas se congratulent. La 64e équipe de cette course peut enfin souffler !

On a fait une photo souvenir avec tout le groupe (commentateurs et informateurs) puis j’ai pris les papiers utilisés par l’équipe pour transmettre les informations de la course au public. Après avoir remercié Laurent pour cette invitation, l’épopée d’un YouTubeur breton, à son habitude collé sur son PC, aux Total 24 Heures de Spa-Francorchamps 2018 s’achève.

CONCLUSION:

Ayant été invité pour découvrir le fonctionnement en interne de cette course, j’ai appris pas mal de choses en termes de logistique que ce soit du côté de SRO, des commissaires de pistes, de la presse, des courses en support tout le long de la semaine, des équipes techniques, de l’acheminement des pneus Pirelli, des moyens pour divertir les fans, la gestion des aléas pour nous offrir une course d’anthologie qui a tenu toutes ses promesses, entre joie et déception. Triste pour la Bentley#31, mais content que BMW, ma marque de cœur, gagne à nouveau cette course sur ce temple automobile belge.

Je remercie à nouveau Laurent Mercier ainsi que SRO pour m’avoir offert cette opportunité. Je suis content d’avoir rencontré des personnes, des pilotes, des touristes, des commentateurs et une équipe technique dans cette folle semaine où tout s’est déroulé trop vite… Si seulement le sport auto pouvait durer aussi longtemps que possible… J’espère que, vous, chers lecteurs, mon expérience vous aura plu. Sur ce, à la prochaine ! Je l’espère…