Jérôme Policand (AKKA-ASP) : « En 2016, on a montré qu’on existait et cette année qu’on était crédible »

Au fil des saisons, le Team AKKA-ASP est rentré dans le cercle très fermé des très bonnes équipes GT3 sur la scène européenne et Mercedes-AMG ne s’y est d’ailleurs pas trompé en apportant un soutien à l’écurie de Jérôme Policand. Comme en 2016, l’équipe basée à Rabastens a terminé sa saison Blancpain GT Series par un succès et comme l’année passée, le team français est monté sur le podium des Total 24 Heures de Spa. Avec Mercedes-AMG, le Team AKKA-ASP a trouvé le partenaire idéal même si Jérôme Policand n’a pas mis de côté sa présence en Pro-Am, son coeur d’activité depuis bien longtemps. Bilan de saison…

Que retenir de la saison ?

« Avant le succès de Barcelone, le bilan était mitigé. La performance était là mais nous avons eu du mal à concrétiser avec cinq top 5 et deux fois dans les deux premiers. En Sprint, le souci est qu’il ne faut surtout pas se rater dans la course 1. Il nous en a manqué lors des ravitaillements. Nous étions dans le top 5 en début de saison et plus loin au fur et à mesure des meetings. Le niveau d’ensemble a monté, le notre pas assez. C’est sur les arrêts que le niveau a fortement monté. En 2016, on pouvait encore espérer gagner une course sprint avec un arrêt de 22s en moyenne. Cette année, il fallait être entre 18s et 20s pour briller et entre de 16s et 18s pour gagner. Il faut revoir notre méthode. »

De quelle façon ?

« C’est simple à comprendre, il nous faut des gauchers. HTP termine par la roue où il y a le raccord pour les vérins. Nous, on fait l’inverse. On perd du temps sur la dernière roue. Il faut aussi améliorer le démarrage où il faut être à 1s alors que nous sommes à 2s. Nous sommes dans le détail mais le détail compte de plus en plus. L’équipe a bien progressé mais l’ensemble des meilleures équipes a encore plus progressé. On loupe trois bons résultats à Misano où un mécano tombe, à Brands Hatch pour un mauvais retour en piste et Zolder pour un départ volé de Michael Meadows. Ce ne sont pas des excuses mais bien des fautes. »

La série Endurance a été plus positive ?

« On savait qu’on avait le potentiel pour jouer le podium à Barcelone. La #90 de Marciello/Meadows/Mortara a connu une belle saison. L’équipage a mené plus de 150 tours à Spa et il n’y rien à redire sur la prestation, d’autant plus que ce n’était pas une auto officielle. Il aura finalement manqué moins de 40 secondes. La #88 est passée au travers en dehors de la victoire de Barcelone. Entre un disque cassé à Monza, une pénalité à Silverstone, une crevaison au Paul Ricard et une sortie de piste à Spa, Vautier/Juncadella/Serralles n’ont pas été épargnés. Le bilan d’ensemble des quatre autos est tout de même positif. »

Vu le peu d’engagés en Pro-Am, il fallait tout de même relever le défi ?

« En Sprint, les concurrents étaient peu nombreux mais les bagarres ont été belles en piste. On a pu révéler Jules (Gounon) que j’ai mis avec Jean-Luc (Beaubelique), mon client historique. J’y croyais et le tandem s’est bien comporté. La seconde auto a elle aussi fait de bonnes choses avec Christophe (Bourret) qui s’est rapproché de Jean-Philippe (Belloc). En revanche, la #89 de Fontana/Badey/Perfetti n’a pas été épargnée par la malchance en Endurance malgré le podium de Barcelone. La #87 avait un top équipage qui nous a permis de décrocher de bons résultats. On ne peut pas être déçu de l’Endurance mais juste frustré du Sprint. »

Plus l’équipe fait rouler de voitures, plus l’incertitude augmente ?

« Aligner quatre autos en Endurance n’est pas chose facile. Nous sommes un très bon team, pas encore un top team. 2017 était la première vraie année où on fait rouler des autos en Pro. C’est une grosse marche pour une équipe indépendante malgré l’aide de Mercedes sur une auto à Spa. Il faut réunir le puzzle budgétaire qui comprend : partenaires, pilotes Am, primes et l’aide de Mercedes. Pour être au top, il faut des ravitaillements parfaits. Sur le côté pilotes, nous sommes bien, tout comme en stratégie. Avoir 15 pilotes n’est pas chose facile mais tout s’est passé pour le mieux. Nos pilotes professionnels sont de vrais professionnels à part entière. »

Les associations Pro-Am ont de plus en plus de mal…

« Stéphane Ratel a mis en place une grande concertation avant de trancher. Nous avons cette particularité de faire du Pro et du Pro-Am, ce qui devient de plus en plus rare. On voit les deux côtés sachant que ma base a toujours été le Pro-Am. Le plus gênant est que le niveau est tellement monté que les gentlemen se font de plus en plus chahutés. De plus, pour être le plus performant possible, il faut sacrifier un pilote sur l’utilisation des pneus neufs. Les Am sont dans la plus mauvaise configuration. C’est l’évolution du championnat et il faut trouver le bon équilibre. Le championnat est devenu trop professionnel. S’il n’y avait pas eu cette nouvelle limite réglementaire, les Am auraient à coup sûr fui la série. SRO doit satisfaire les constructeurs, les gentlemen, les équipes indépendantes et celles qui reçoivent un soutien de l’usine. L’équation n’est pas évidente. Les équipes font tout pour trouver les meilleures associations possibles. Tout le monde est là pour exploiter le règlement au maximum, c’est l’évolution du championnat et on ne peut pas aller contre. Il y a eu une érosion des teams indépendants. A l’avenir, on ne peut faire du Pro que si on a le soutien d’un constructeur ou un mécène fortuné. »

Quel est le prochain objectif ?

« Nous avons encore montré cette année que nous étions régulièrement aux avants-postes. Il faut maintenant que nous puissions nous battre pour un championnat. L’équipe a débuté en France avec un bon niveau. En 2016, on a montré qu’on existait et cette année qu’on était crédible. Si on veut se battre pour un championnat, on ne peut pas refaire la même chose que cette année. Il faut que tout monte encore d’un cran. La Blancpain GT Series a un niveau mondial. »

Le schéma 2018 est établi ?

« L’idée est de repartir sur un programme identique qui mixe Sprint et Endurance. Si on va en Pro, c’est pour gagner. Nous avons aussi apprécié notre présence en Blancpain GT Sports Club. Le GT4 fait aussi partie des plans avec deux Mercedes-AMG GT4. C’est la catégorie parfaite pour les jeunes et les Am. La décision sur les programmes interviendra d’ici la fin octobre. En fonction du souhait de nos gentlemen, je n’écarte pas l’International GT Open. »