Jacques Nicolet et ses cinq souvenirs aux 24 Heures du Mans

JACQUES NICOLET (FRA) PRESIDENT ONROAK - GUY LIGIER (FRA)

Jacques Nicolet n’est pas présent sur la liste des pilotes présents aux 24 Heures du Mans mais le patron d’Onroak Automotive va bien entendu passer sa semaine dans la Sarthe en gardant un oeil sur la course de son fils Pierre, mais aussi sur la prestation des équipes qui roulent en Ligier JS P217 et JS P3 lors du Road to Le Mans. Jacques Nicolet nous a confié cinq, plutôt six, de ses souvenirs aux 24 Heures du Mans. Nous lui avons aussi posé deux questions supplémentaires issues de nos ‘5 questions à…’.

24 Heures du Mans 2007, la découverte…

« Je ne peux pas passer à côté des 24 Heures du Mans 2007, mes premières en tant que pilote sur une Courage LC75 (LMP2). Je venais de reprendre le Saulnier Racing qui est devenu par la suite OAK Racing. On m’avait dit qu’il fallait boucler 10 tours sans contrainte chronométrique. J’étais donc tranquille. Notre stand était voisin des Courage où il y avait deux LC70 officielles et une LC75 du Noël Del Bello Racing. Cela me permettait de suivre aussi ces Courage. Guillaume Moreau, qui évoluait sur une des deux LMP1 officielles, était en piste pour boucler ses 10 tours quand j’apprends qu’il est sorti de la piste au Virage du Karting. Dans la foulée, Vitaly Petrov prend la piste, lui aussi pour ses 10 tours. Même endroit, même sortie et je n’avais pas encore roulé. Je suis monté dans l’auto la peur au ventre sans chercher à faire le moindre chrono. Je m’étais mis en tête que ce circuit avait 7 km de lignes droites, donc que j’allais pourvoir me reposer. Je connaissais le circuit grâce au Mans Classic. (Photo : Alain Filhol au volant)

Je ne comprenais pas car le volant bougeait beaucoup dans les Hunaudières. Je rentre au stand et on me dit qu’il faut le lâcher un peu, d’où ma stupéfaction. Les Hunaudières sont ouvertes toute l’année, ce qui fait que le centre de la route a un léger pic. Je ne le croyais pas mais c’était pourtant bien vrai. Malheureusement, la course s’est arrêtée au petit matin. »

24 Heures du Mans 2009, le podium…

« Deux ans plus tard, je roule sur une Pescarolo 01 motorisée par Mazda avec deux gentlemen : Richard Hein et Jean-François Yvon. C’est l’année des Porsche RS Spyder. Malgré cela, nous avons terminé à la 3e place de la catégorie LMP2 avec notre équipage de gentlemen. J’ai eu la chance de boucler le dernier relais sachant qu’en fin de course, on ne pouvait plus passer la 6e. Monter sur le podium dès ma 3e participation était quelque chose de sensationnel pour moi. »

24 Heures du Mans 2012, la peur…

« Mon souvenir de 2012 est nettement moins positif. Le dimanche matin de la Journée Test, il faisait beau, tout était réuni pour qu’on assiste à une très belle journée. (il s’arrête de parler, ndlr). Guillaume Moreau roulait pour nous sur une OAK-Pescarolo LMP1. Il a commis une petite erreur en sortant un peu large au Virage du Karting. Deux roues sont passées sur le gazon synthétique et la voiture est partie en travers avant de percuter le mur. Je me suis rendu immédiatement au centre médical, on savait qu’il allait « bien » mais qu’il ne sentait plus ses jambes. Les médecins ont vraiment été très bons, il a été évacué vers l’hôpital d’Angers où il est sorti du bloc opératoire le dimanche soir. Voilà comment la vie d’un gamin pétri de talent bascule. On reste très proche et tout va bien pour lui même s’il ne pilote plus. Je suis très heureux pour sa femme Ophélie et lui. »

24 Heures du Mans 2013, le coup de force…

« Je ne peux pas laisser de côté le doublé LMP2 décroché en 2013. A cette époque, le niveau en LMP2 était déjà très relevé et voir un doublé des Morgan-Nissan du OAK Racing était pour moi une très belle fierté. »

24 Heures du Mans 2014, l’année du développement…

« Le grand démarrage de Onroak a débuté après les 24 Heures du Mans 2013 avec la reprise de Ligier. 2013 marquait la première course de la JS P2 sous les yeux de Guy. Nous avions deux Ligier en Nissan et une en Honda montée à la dernière minute. Quand j’y repense, je me dis que le pari était fou. On fait la pole, on passe tout près de la victoire et les trois Ligier sont à l’arrivée. C’est quelque chose d’exceptionnel qu’on doit à toute l’équipe. »

24 Heures du Mans 2017, père et fils…

« Faire Le Mans avec son fils est un rêve qui se concrétise. J’en garde un moment très ému car j’ai roulé avec mon fils et un ami (Erik Maris, ndlr). Il y avait beaucoup d’affection et de fraternité. Pierre disputait sa première course de 24 heures qui était aussi sa première course en LMP2. L’auto a connu une sortie de piste en essais, ce qui fait qu’il a peu roulé en essais. Pierre a roulé lors du warm up en faisant un chrono de 3.35 mn. C’était un très bon chrono. Voir l’arrivée était quelque chose d’incroyable. »

Quelle auto des 24 Heures du Mans vous a marqué ?

« La Costin-Nathan avec sa coque en bois. Cette auto était l’ancêtre de la coque en carbone. Sa fiche d’homologation indiquait un poids de 500 kg. On a acheté une Costin-Nathan dans la région de Périgueux avant de la restaurer. J’ai eu la chance de rouler en VdeV aux 1000 km de Dijon contre des Chevron B8 et B16. On a fait la pole sous la pluie, ce qui est logique car le bois, ça flotte (rires). On a gagné beaucoup de courses avec cette auto et même disputé Le Mans Classic. »

Si vous deviez faire Le Mans avec deux pilotes (toutes générations confondues), vous prendriez qui ?

« Mon fils et ma fille, ça fonctionne ? (rires). Pour être sérieux, Guillaume Moreau et Olivier Pla. J’aime profondément ces deux pilotes pour qui en plus j’ai un grand respect. C’est une chance pour moi de pouvoir les côtoyer. Ils ont tout ce qu’il faut pour gagner Le Mans. »