François Perrodo (TDS Racing) : « On gagne ensemble, on perd ensemble »

#33 TDS RACING (FRA) ORECA 07 GIBSON LMP2 FRANCOIS PERRODO (FRA)

Depuis le début de saison, François Perrodo tient une chronique pour ORECA. Le gentleman driver de l’ORECA 07/TDS Racing qu’il partage avec Matthieu Vaxivière et Loïc Duval en FIA WEC est revenu sur les 24 Heures du Mans dans sa deuxième chronique de l’année, mais aussi sur Silverstone et le Red Bull Ring en ELMS :

Bonjour à tous,

Que de temps écoulé depuis ma première chronique ! Je devais donner des nouvelles après les 24 Heures du Mans, mais comme vous vous en doutez, pour des raisons sportives, j’ai préféré attendre le résultat de la longue procédure d’appel suite à notre disqualification. Du coup, je vous conseille de vous installer confortablement avec une tasse de café puisque nous allons faire un petit tour au Mans, puis en Autriche avec l’ELMS et enfin à Silverstone… !

Le Mans 2018, on aura fait couler de l’encre…

Revenons donc en arrière, juin 2018, nous sommes en Sarthe. Les week-ends de course se suivent et se ressemblent. Ce coup-ci c’est à un Loic impressionnant de performance de claquer une magnifique pole, pour être quelques minutes plus tard disqualifié (comme Matthieu à Monza). J’étais déçu pour Loic qui nous a prouvé cette semaine-là qu’il n’avait vraiment rien perdu de sa vitesse au Mans. Depuis le début de l’année il ne cessait de nous répéter « Je monte en puissance au fil des courses les gars, mais vous allez voir, au Mans, je me sens vraiment bien ! » Un petit coup d’œil sur les chevilles quand même…

Mais force est de constater qu’au Mans, il n’y avait pas photo. En performance pure, un meilleur chrono absolu (difficile à aller chercher face à des Michelin sur un tour de qualif ; les connaisseurs sont au courant). En course, pilote le plus rapide sur la moyenne de 50 tours, respect.

Même constat pour Matthieu. Je sais que Le Mans n’est pas le circuit sur lequel il est le plus à l’aise et pourtant cette année, les chronos étaient réguliers et impressionnants.

Cela a été plus compliqué pour moi. Au Mans, on a vite fait de faire une erreur qui peut coûter chère (je pense à mon bac en 2017). Du coup j’ai roulé trop en dedans, trop tendu. C’est rageant, je fais un chrono respectable le samedi matin au warm up, sans forcer, et en course, impossible d’améliorer. Le Mans c’est dur, c’est un vrai marathon, qui ne commence pas le samedi à 15 heures mais dès le dimanche précèdent aux vérifs administratives et techniques. Beaucoup d’attente, de briefings, de sollicitations à droite à gauche, le boulot à gérer sur son Smartphone. On ne s’en rend pas compte, mais in fine, ça draine. Chacun évacue son stress comme il peut. Matthieu fait sa 1500ème story sur Instagram, Loic éclate ses garçons au UNO (Loic c’est le Blond, il ne perd jamais). Roman desticke et resticke sa voiture pour la 50ème fois de la semaine (la déco de la G-Drive c’est la même depuis ses débuts en course, sauf pour Roman…). Bref, on attend tous qu’une seule chose, samedi 15 heures.

Et là on déroule, chacun connait sa feuille de route, chacun sait ce qu’il a à faire, on donne le maximum.

Et quel résultat ! P1 et P4, un sans-faute pour la 26, quelques faits de course pour la 28 mais au final un résultat remarquable, qui sera malheureusement annulé quelques jours plus tard pour infraction au règlement concernant notre système de refueling.

Je ne vais pas (trop) m’attarder sur le sujet, il est connu, tout le monde y est allé de son petit commentaire, c’est plus choquant quand les commentaires en questions viennent parfois de journalistes censés être professionnels et compétents mais bon…

Aujourd’hui, on a perdu, je suis déçu mais c’est comme ça, la cour d’appel de la FIA a rendu son verdict et je le respecte.

Mais je veux juste dire qu’en aucun cas il n’y a eu volonté de tricher. Le sport auto est par définition un sport hautement technologique, c’est la recherche permanente de la performance, non seulement pour les pilotes sur la piste, mais aussi pour les ingénieurs. Quelle que soit la discipline, le boulot d’un ingénieur a toujours été de maximiser la performance d’une auto et de son environnement en fonction d’un règlement.

Le plus grand d’entre tous, Adrian Newey, a passé sa vie à améliorer la performance en exploitant le règlement (et les régulateurs de la F1 ont passé leur vie à ajuster le règlement par la suite).

Dans notre cas précis, la solution était techniquement brillante et conforme, après, comme tout règlement (et pour reprendre les mots des juges), c’était leur interprétation contre la nôtre.

Avec le recul, je me rends compte que la situation dans laquelle étaient l’ACO et la FIA était délicate à gérer, tant le gain de performance était énorme. Mais telle était aussi la qualité du travail fourni par nos ingénieurs.

Aurions-nous été contrôlés par les commissaires après la course si le gain de performance avait été plus modeste ?

Si nous considérons les temps de refueling de certains de nos concurrents, il faudrait logiquement en déduire que la réponse est non. Les observateurs assidus auront remarqué que nous étions jusqu’à huit secondes plus rapides que les plus lents de la catégorie a la pompe mais plusieurs concurrents (et pas des moindres !) étaient juste deux secondes derrière nous au temps de refueling. Après certes, ils n’ont pas gagné la course et donc n’ont pas autant attiré l’attention.

Et enfin, si vraiment il y avait eu volonté de l’ACO de niveler les équipes au refueling, alors elle aurait tout simplement imposé un temps de refueling minimum (comme c’est le cas en GTE PRO et en GTE AM d’ailleurs) et il n’y aurait aucun challenge ni de question à se poser, hors ce n’est pas le cas : il y a un règlement, libre aux ingénieurs de développer le système le plus performant dans le cadre dudit règlement.

Bref, c’est le sport, c’est dur mais je ne regrette rien. Nous étions tous au courant et nous avons tous accepté d’avancer dans ce sens. On gagne ensemble, on perd ensemble. Le Mans reste une course unique au monde, la référence de l’Endurance, un vrai sprint de 24 heures, épuisant, exaltant, monumental !

La consolation dans tout ça c’est que grâce à la super saison, je sais que nous aurons l’occasion de revenir et de prouver notre potentiel en 2019.

L’Autriche, pas pour nous

Juillet 2018, Red Bull Ring, troisième et dernière course pour la 28 (33) en ELMS. A oublier… Un départ catastrophique, une voiture peu performante (pour les pros hein… Pas que pour moi) et pour couronner le tout une conduite beaucoup trop agressive de Loic et moi. On a explosé cinq splitters en trois jours ! Un beau circuit Zeltweg, une belle région, mais un weekend sans pour nous.

La rentrée des classes à Silverstone

Aout 2018, Silvertone WEC. Sentiment mitigé, c’était un week-end important pour moi, je jouais à domicile, j’avais invité de nombreux collègues de Perenco, tous techniciens et donc sensibles aux sports mécaniques.

Nous avions à cœur de bien faire en se disant que si nous gagnions l’appel du Mans, ça serait potentiellement l’occasion de bien se placer au championnat.

Hélas la réalité fut toute autre. Un départ catastrophique (cherchez la constance !) donc je cède le volant au bout d’un simple relais.

Matt prend le volant et fait un festival (une fois de plus, meilleur chrono en course, et Matt et Loic meilleures moyennes sur 25 tours, bravo les gars !).

Je reprends le volant en 3ème position et me sens beaucoup mieux, je rends l’auto P3 à Loic qui se retrouve leader à mi- relais et là forcement j’y crois. Mon temps de conduite est écoulé, Matt et Loic sont super rapides, et on est leader de la course !

Hélas la mécanique en décidera autrement, porte moyeux avant gauche cassé, plus de 20 minutes dans le box, on termine dernier…

Prochaine course, Fuji ce week-end. L’avantage quand on est dernier d’un championnat c’est qu’on n’a plus rien à perdre.

La frustration est immense car nous savons tous que le potentiel est là, l’envie de bien faire reste intacte. J’ai hâte, nous avons tous hâte. Loic nous manquera beaucoup (il rate la course pour cause de clash avec le DTM) et il sera remplacé par Jean-Eric (Vergne) que nous connaissons bien vu qu’il a roulé sur la 26 en ELMS – d’ailleurs félicitations pour leur titre de champion ELMS, net et sans bavure, un trio ultra performant sur une voiture ultra rapide.

J’ai hâte de rouler avec Jean-Eric que je connais personnellement depuis plusieurs années.
Fuji Speedway est un circuit atypique et très technique avec des changements de rythmes importants, j’espère juste que la météo sera meilleure que l’édition 2017 !

A bientôt, je vous redonnerai des nouvelles après la manche de Shanghai en espérant que l’Asie nous sourira plus que l’Europe.