Franck Perera (Grasser Racing Team) : « Je suis là où je voulais être »

A 33 ans, Franck Perera a connu un début de carrière pour le moins tonitruant. Promu pilote Toyota à l’âge de 15 ans, sa voie vers la Formule 1 était toute tracée compte tenu de sa pointe de vitesse, mais le Montpelliérain restera bloqué à des essais privés avec le constructeur japonais. Son passage en IndyCar a été fructueux mais trop court. Après une longue traversée du désert, c’est le coaching de gentlemen qui l’a remis sur les rails. Martinet by Alméras, TDS Racing, I.S.R puis HTP Motorsport lui ont fait confiance. C’est maintenant le Grasser Racing Team qui l’a enrôlé pour piloter une Lamborghini Huracan GT3.

Sa collaboration avec l’équipe autrichienne a débuté par une victoire aux 24 Heures de Daytona (GTD) avant une 3e place aux 12 Heures de Silverstone (Creventic). C’est maintenant un triple programme qui l’attend : ADAC GT Masters (avec Ezequiel Perez Companc), la Blancpain GT Series Sprint (avec Loris Hezemans) et la Blancpain GT Series Endurance (avec Rolf Ineichen et un 3e pilote pro à désigner).

Satisfait de votre programme 2018 ?

« Comment pourrait-il en être autrement?  L’équipe a tout fait pour mettre en place les meilleurs équipages, ce qui n’est pas une mince affaire. Pour ma part, je vais amener mon expérience à mes coéquipiers qui sont jeunes. C’était le cas l’année passée avec Maxi (Buhk) qui avait tout de même une solide expérience. Loris et Ezequiel ont peu d’expérience en GT et ce sera à moi de les canaliser. En GT, ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne. »

Les nouvelles règles sportives vont dans le bon sens ?

« Sur les nouvelles qualifications (moyenne des trois pilotes en Blancpain Endurance, ndlr), je peux comprendre que tout le monde souhaite avoir une part du gâteau. Cela enlève un peu du plaisir d’aller chercher le dernier millième. D’un point de vue plus global, les nouvelles règles sont positives. Cela demande aux équipes d’avoir un équipage le plus homogène possible. On risque d’avoir quelques surprises car la responsabilité des trois pilotes sera importante. Il faudra bien s’assurer de ne pas commettre la moindre erreur. »

La saison 2018 a on ne peut mieux débuté…

« C’est une belle entame de saison et ma relation avec le Grasser Racing Team est vraiment bonne. Je suis ravi de disputer les trois championnats avec eux. La victoire décrochée à Daytona reste un grand moment. C’était ma première participation à l’épreuve, mes débuts en Lamborghini et ma découverte de l’équipe. »

Revenir sur le devant de la scène après une traversée du désert doit vous ravir ?

« C’est le fruit du travail. J’ai décidé de reprendre ma carrière en 2012 avec le Championnat de France FFSA GT. Je découvrais un nouveau monde après deux ans d’arrêt. Mettre un terme à ma carrière en monoplace a été très dur et je ne pensais pas pouvoir remonter la pente. Il a fallu être patient. J’ai aussi eu la chance que le GT n’a cessé de se développer ces dernières années. J’ai été si proche de la F1 puis je suis tombé très bas. J’ai dû recommencer une carrière dans une discipline que je ne connaissais pas et où personne me connaissait. Philippe Alméras, Henry Hassid et Philippe Giauque m’ont donné leur confiance. Je suis reparti de zéro et je suis là où je voulais être. »

Le GT vous donne ce que la monoplace ne vous a pas donné ?

« J’aimerais bien rouler en prototype mais ce n’est pas évident vu mon programme chargé. Une page s’ouvre avec Lamborghini et je compte bien être avec eux sur le long terme. Aujourd’hui, l’endurance offre des opportunités. Un jeune pilote veut aller le plus haut possible en monoplace. L’échec de la Formule 1 a été difficile à gérer. Il y a eu l’IndyCar mais les problèmes économiques ont fait que j’ai perdu mon volant. Sans appui, c’est compliqué de rebondir. J’aurais pu réussir aux Etats-Unis et la fin de l’IndyCar a été un deuxième échec. Passer par cette période de crise a fait que je me suis renforcé. Si j’avais eu ce mental avant, les choses se seraient certainement passées différemment. Je suis aussi vite qu’avant mais bien mieux mentalement. Nous évoluons dans un sport différent des autres, c’est un milieu où les enjeux sont importants avec beaucoup d’argent. J’étais pilote Toyota à 15 ans et je pense avec le recul que c’est allé un peu vite. »

Vous vous sentez bien en Blancpain GT Series ?

« Mon but est d’y rester. C’est l’un des championnats GT les plus importants au monde. J’ai la chance de le combiner avec l’ADAC GT Masters qui prend aussi beaucoup d’ampleur en Allemagne. Je franchis une nouvelle étape cette année. J’avais différentes propositions et Lamborghini est venu vers moi. J’avais envie de cela. »