Charlie Martin : « Le Mans représente le summum de l’ambition »

Avant de viser les 24 Heures du Mans, Charlie Martin va se rôder au pilotage d’un prototype  LMP au volant de la Norma M30 LMP3/Hauser Racing en Michelin Le Mans Cup. Après avoir débuté en compétition sur une Peugeot 205 en course de côte, c’est ensuite une Formule Renault qui l’attendait en Championnat de France de la Montagne puis une Norma CN. En parallèle de ses activités de pilote, Charlie Martin œuvre pour la cause LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres). La Britannique pourrait bien être le premier transgenre au départ des 24 Heures du Mans.

A quand remonte votre passion pour Le Mans ?

« A la fin de mon adolescence, à près de 19 ans, j’ai effectué mon premier voyage au Mans avec mon frère aîné. C’était en 2001. Nous y sommes allés par le ferry depuis Folkestone. J’ai le souvenir que nous avions une vieille toile de tente de 20 ans alors que la course était humide comme jamais. Nous avons marché durant des kilomètres autour du circuit en regardant les autos rouler. Vu le peu de visibilité, je me demandais comment les pilotes pouvaient y voir. Mika Duno était en piste et je la trouvais plutôt cool. Elle me semblait très glamour. C’était vraiment différent de ce que j’avais l’habitude de voir. J’étais vraiment impressionnée par les pilotes, les équipes et l’ampleur de la course. Il y avait tellement de monde de toute l’Europe. Nous sommes revenus à la maison totalement épuisés. C’était incroyable et cela m’a permis de comprendre en quoi consistait cette course. Je ne pensais qu’à une seule chose : ‘si c’est comme ça en spectateur, alors j’imagine ce que ça doit être d’y prendre part’. »

Pourquoi avez-vous fait le choix de rouler au Mans et non sur une autre course d’endurance ?

« Bien sûr, il y a d’autres courses de 24 heures comme Spa, Nürburgring, Daytona. Le Mans est la première course où je suis allée. C’est donc quelque chose de spécial pour moi car c’est là où j’ai goûté à l’Endurance. De plus, c’est en France, un pays que j’aime et auquel je suis très attachée après trois années incroyables d’aventures en course. Je pense que cela symbolise tellement de choses qui me sont personnelles, peut-être le summum de l’ambition, le plus grand défi auquel je puisse aspirer. »

Quelle est l’échéance pour arriver à vos fins ?

« Dans mon esprit, je me fixe trois ans, donc en 2021. Je reste focalisée sur cet objectif, donc je me dis que ce délai est tout à fait réalisable. »

L’idée est d’aller au Mans en prototype ou en GT ?

« Bien que j’aime aussi les GT, mon cœur a toujours été tourné vers les prototypes. J’adore ces autos, aussi bien les Matra, Porsche et Ferrari des années 60 et 70. J’ai également obtenu mes meilleurs résultats sur un prototype, au volant d’une Norma M20 FC. C’est la voiture la plus incroyable que j’ai jamais pilotée et je me suis sentie immédiatement à l’aise dès la première fois. »

C’est important pour vous d’être le premier transgenre au départ du Mans ?

« En réalité, il y a deux réponses à cette question. D’une part, cela ne devrait pas être important car je veux être une pilote comme les autres. Je veux être jugée sur mes capacités et mes résultats. Mais d’autre part, oui c’est important dans le contexte de la signification d’être transgenre dans le sport aujourd’hui et dans le message que cela renvoie. Il peut parfois être difficile de se voir dans un sport où il n’y a pas d’autres personnes avec qui vous pouvez vous identifier. J’ai longtemps lutté parce qu’il n’y avait pas de modèle à suivre. Beaucoup de gens grandissent en se sentant « outsider », comme si ils ne s’appartiennent pas. Nous pouvons être heureux et être ce que nous voulons être. »

Il y a encore beaucoup de travail à faire pour casser les codes ?

« Beaucoup de choses peuvent encore être améliorées pour la communauté trans qui subit actuellement beaucoup de discriminations dans la société. Il y a pas mal d’opposition et de débats autour de la présence de trans dans le sport, mais il est important de dire qu’il existe des initiatives étonnantes qui encouragent la participation des LGBT dans le sport, comme la campagne Rainbow Laces with Team Pride & Stonewall (le slogan de l’association  est ‘l’acceptation sans exception’, ndlr)  Le sport est quelque chose qui nous unit tous, c’est un moyen incroyablement puissant pour éliminer les obstacles et rapprocher les gens. Le sport automobile n’est pas différent, c’est juste un sport plus exclusif que le football ou le rugby, où l’on peut acheter un ballon et jouer, mais c’est comme une grande famille. Quand nous sommes unis par passion, peu importe qui vous êtes et d’où vous venez, tout le monde est le bienvenu. »