Benoit Morand : « Ne pas oublier d’où on vient »

BENOIT MORAND (CHE) TEAM MANAGER - MAN OF THE YEAR AWARD AND GUENAELLE LONGY PILET (FRA)

Présent en observateur à Portimao pour la finale ELMS, Benoit Morand garde un pied en Endurance avec l’espoir de revenir au coeur du paddock à court terme. Le patron d’équipe est toujours en pleine préparation d’un programme LMP1 hybride avec le rôle de team manager de l’écurie. Désigné homme de l’année 2014 en European Le Mans Series, Benoit Morand nous a donné sa vision personnelle du moment sur la discipline.

Quel est votre regard sur la discipline ?

« Je suis là depuis 2009 et l’époque de la Formula Le Mans. J’ai connu ensuite l’European Le Mans Series et le Championnat du Monde d’Endurance de la FIA. J’ai pu suivre l’évolution complète. L’Endurance est ma famille. Actuellement, beaucoup parlent des Etats-Unis. J’ai vécu là-bas, notamment chez Rick Hendricks qui n’est tout de même pas n’importe qui. Je suis la première personne à dire que les courses américaines sont exceptionnelles. »

Alors, pourquoi ne pas monter un team aux Etats-Unis ?

« Je n’ai pas vu beaucoup d’équipes européennes faire carrière sur le long terme aux Etats-Unis. Quel américain est venu battre les européens au Mans ? La culture du prototype est ici en Europe. Le souci est qu’ici, on ne pense pas vraiment aux petites équipes et aux petits constructeurs. Un Henri Pescarolo manque à l’Endurance. Il y a encore peu de temps, le FIA WEC était une alternative à la Formule 1. Les constructeurs ont joué un rôle néfaste dans cette période actuelle. Ils font la pluie et le beau temps. »

Quelle est la solution ?

« Il n’y a pas de solution miracle. A la place de l’ACO, on fait quoi ? On prend les constructeurs ? On ne les prend pas ? On est obligé de les prendre. Je ne veux pas faire le moralisateur mais chacun doit faire sa propre autocritique. Ne crachons pas dans la soupe et trouvons des solutions pour garder notre passion intacte. Je suis fier de ce que j’ai fait. Certes, j’ai commis des erreurs qui m’ont coûté cher. Sans l’ACO, il n’y aurait pas eu de Le Mans pour moi et il n’aurait pas été possible de faire débuter l’hybride au Mans. Il ne faut pas oublier d’où on vient. L’Endurance doit rester un spectacle. On aime tous ce métier et on en vit tous. »

La catégorie LMP2 vous séduit toujours ?

« Oui car les voitures sont de vraies bêtes de course. Peut-être faudrait-il faire une classe pour les gentlemen. Sans eux, pas de championnat. Un classement pour la durée des pitstops serait aussi une idée à creuser. C’est simple et ça ferait plaisir à tout le monde. Si une nouvelle équipe veut arriver, elle choisit quel châssis ? Pour combien de temps ? Elle entend parler de joker sans trop savoir quel en sera le résultat. Pour connaître le niveau de chacun, la solution est de mettre les quatre châssis sur un même circuit, les mêmes pneus et un seul pilote. »

Une équipe privée a encore son mot à dire en LMP1 ?

« Le Mans doit rester un laboratoire technologique abordable. Un privé a encore son mot à dire avec un système hybride à 3 MJ. Les partenaires avec qui je discute sont intéressés par une victoire aux 24 Heures du Mans. Ils peuvent montrer leur technologie et leur capacité à faire un moteur pour gagner Le Mans. Le business modèle est compliqué. Le sport automobile coûte beaucoup d’argent avec peu de retour en échange. On doit pouvoir faire du LMP1 pour 5 ou 6 millions d’euros. Là, on peut attirer des partenaires. On doit faire notre business modèle nous-mêmes. »

Le public doit aussi être de la partie…

« Il faut ouvrir aux médias et au public. C’est le public qui nous fait vivre au Mans. Les gens viendront même s’il n’y a pas de constructeurs. Cependant, on doit rester dans des prix abordables. »

Votre programme LMP1 avance ?

« La décision finale se prendra en fin d’année. L’envie est bien là. Aujourd’hui, deux châssis sont disponibles sur le marché. Il faut un système hybride standard qui existe. Nous travaillons sur la partie moteur. »