Thomas Laurent (Rebellion Racing) : « Nous avons la courbe de progression souhaitée »

Thomas Laurent s’est essayé à une nouvelle discipline cet hiver : les courses sur glace. Il était d’ailleurs invité à la Super Finale du Trophée Andros il y a une dizaine de jours au Stade de France. L’occasion pour nous de dresser un bilan 2018 au niveau du WEC (sur la Rebellion R13 #3 qu’il partage avec Mathias Beche et Gustavo Menezes), le GT4, la Formule 2 et de parler de la saison à venir ! 

Si on revient sur la première partie de la Super Saison WEC, quel bilan tirez-vous jusqu’à maintenant ?

« Ce que nous voulions, c’était monter en puissance. Si on met les deux erreurs de côté, la mienne et celle de Gustavo (Menezes) à Fuji et Shanghai, nous sommes sur une bonne dynamique de progression. Nous n’avons pas eu de souci mécanique, ni technique. Au niveau des pilotes et des mécaniciens, nous devons travailler encore un peu, ce qui est logique car le programme a démarré tard. Nous avons la courbe de progression souahitée, cependant il faut passer la seconde vitesse car nous arrivons en fin de championnat et ce serait bien d’avoir la voiture la plus agréable possible. »

De plus, nous arrivons sur un tracé que vous ne connaissez pas, Sebring !

« Tout à fait, ce sera un gros défi, un circuit très physique et bosselé. Je me suis préparé au mieux, je me sens prêt. Certes, il y a un petit changement de pilote avec l’arrivée de Nathanaël (Berthon). Je ne le connais pas très bien, j’ai eu de très bons échos sur lui, je suis ravi de travailler avec lui. J’espère qu’il va vite s’adapter. Nous allons mouler les baquets plusieurs jours avant la course, rester sur place tous les trois pour faire des activités et du sport. Il est important de créer des liens et bien se connaître si on veut que ça fonctionne. »

2019 sera la deuxième année de la Rebellion R13. Pensez-vous que l’écart avec les Toyota va se resserrer quelque peu aux 24 Heures du Mans ?

« Pour être honnête, je ne sais pas encore. Avec toutes les évolutions de règlement qui ont été faites au cours de l’année pour que les équipes privées puissent se rapprocher des Toyota ainsi que nos progrès avec la voiture font que nous allons, je pense, nous rapprocher des TS050 Hybrid. Il ne faut cependant pas oublier que l’on parle d’un constructeur de voitures. Ce ne sont pas les mêmes budgets et derrière, il y a de la publicité, de la communication, des enjeux. Il y a un règlement en place. Au début, c’était un peu difficile à accepter et, pour ma part, j’ai fait de gros efforts là-dessus. »

Vous avez fait quelques piges (Dijon et à Barcelone) la saison dernière en Championnat de France FFSA GT au volant d’une Mercedes AMG-GT4. Qu’avez-vous pensé de cette nouvelle expérience ? 

« C’était sympa. La voiture était vraiment très agréable à piloter. Ce fut une belle expérience en GT même si ce n’était pas ma première car j’ai déjà roulé en Porsche Carrera Cup. Certes, ces GT4 manquent un peu de puissance, mais c’est très bien pour commencer. Je connaissais déjà l’équipe (M.Racing YMR) pour avoir fait du LMP3 avec eux. J’ai, par contre, découvert un nouveau pilote. Je l’ai aussi fait parce que mes partenaires étaient sur l’autre voiture de l’écurie. Yann (Ehrlacher) était parti sur une course de WTCR et ils m’ont donc demandé de le remplacer. L’expérience fut plaisante. »   

On vous a aussi vu au volant d’une Formule 2 lors d’essais sur le tracé d’Abu Dhabi pour le compte de BWT Arden. Comment ça s’est passé ?

« Honnêtement, très bien ! Certes, un chrono a été établi et, pour être honnête, il est très mauvais, à trois ou quatre secondes du temps de référence !Je ne m’arrête pas là-dessus. Il y a eu des circonstances qui ont fait que ce fut difficile de faire un bon temps. J’ai pu passer trois trains de pneus neufs. Avec le premier, un collecteur de turbo s’est défait, j’ai donc perdu toute la puissance. Quand j’ai passé le deuxième, une partie du circuit s’est éteinte, donc drapeau rouge. Avec le troisième, je voulais vraiment faire un bon chrono. Dans le premier secteur, j’améliore beaucoup. Dans le 2e, c’était en très bonne voie, mais je fais un tête à queue car j’ai poussé un tout petit peu trop en sortant d’un virage. Je suis monté sur une « banane » et suis parti en travers ! Pas de dégât sur la voiture, mais des gommes inutilisables. Ce que je retiens, c’est que j’étais plus rapide en vieux pneus qu’avec des neufs, ce qui est un peu logique pour un pilote d’endurance. Cependant, ce fut très intéressant, ça s’est fait dans de bonnes conditions, avec une super équipe, un très bon ingénieur. Le but était de ne pas avoir d’expérience après, c’était juste pour juste essayer, un « one shot » et voir ce qu’il se passait. Si c’était à refaire, je referais pareil sauf qu’au préalable, je tournerais avec une ancienne GP2  ou une F2. C’est très compliqué de comprendre le fonctionnement des pneus. Ce sont des bonnes gommes, mais il faut savoir les faire marcher. Il a aussi fallu que j’apprenne le circuit, la voiture. La journée a été très courte en termes de temps avec beaucoup de choses à apprendre ! Cela reste quelque chose de positif. Je sais ce que ça vaut, je suis fixé.»

En dehors des trois courses WEC, quel sera le reste de votre programme 2019 ?

« J’ai sincèrement envie de rouler. Nous avons eu cinq courses de WEC en 2018, là, il y en a trois jusqu’à fin juin. Je suis intéressé pour rouler en ELMS, mais je suis un pilote professionnel. J’ai besoin de gagner ma vie et on me demande actuellement des budgets colossaux, c’est compliqué. En GT3, il est aussi difficile d’y rentrer sauf si on se fait repérer par un constructeur. Je suis donc encore en réflexion pour savoir si je peux trouver des partenaires intéressés pour mettre le financement derrière, mais en même temps, je ne veux pas récupérer l’étiquette de « pilote payant » ! C’est quelque chose que je veux éviter. Je suis jeune, j’ai du temps devant moi, mais c’est maintenant qu’il faut prendre de l’expérience pour arriver plus fort dans les prochaines années. Pour le moment, disputer que le WEC, c’est-à-dire que trois courses car je ne sais pas que je ferai après, n’est pas suffisant ! »

Vous étiez à la Super Finale du Trophée Andros. Qu’en avez-vous pensé ?

« J’y étais tout simplement pour le fun, le plaisir. C’était le Stade de France, le Trophée Andros, les 30 ans du championnat, ce fut donc un grand bonheur. J’avais déjà été invité sur la manche d’Andorre. Je n’avais jamais roulé en électrique, ni sur la glace et ça s’est super bien passé ! J’ai été très bien coaché par Franck Lagorce, j’ai pris mon temps, c’est monté crescendo et ça s’est terminé par un podium, une 3e place et un meilleur tour en course en finale en Andorre. Ça m’a bien plu et c’est vrai que naturellement, avec Max Mamers (l’organisateur du Trophée Andros, ndlr), nous avons parlé du Stade de France. Cela m’a donné aussi l’opportunité d’inviter mes partenaires afin de les remercier de m’avoir suivi cette saison. Cela me sert aussi à prouver que je suis polyvalent, que je fais de l’endurance, du karting, du GT4, de la monoplace, des courses sur glace. Je m’en sors plutôt pas mal, je suis content !»