A l’instar d’Olivier Panis, Nicolas Lapierre découvrait la catégorie reine de l’Endurance. Il connaissait en revanche la discipline, pour avoir disputé les 24 Heures du Mans 2007 en GT1, déjà avec le Team ORECA-Matmut. Comme son coéquipier, il a réussit sa transition de la monoplace au sport-prototype. Et après une saison dite d’apprentissage, le natif de Thonon-les-Bains compte bien goûter plus régulièrement aux joies du podium.
Quel bilan dresses-tu de la saison 2008, ta première à temps complet en Endurance ?
« J’ai connu de bons moments, mais aussi des temps difficiles. Il ne faut pas se voiler la face : nous avons connu trop d’ennuis mécaniques. Il y a également eu l’accident de Monza. Ça n’a pas été facile. C’était une saison d’apprentissage et sur certains points, elle a été plus dure que ce que nous attendions. Cela étant, 2008 a été riche en enseignements. Nous avons beaucoup appris et cette expérience nous sert pour la nouvelle voiture. D’ailleurs, nous avons déjà fait un grand pas en fiabilité. »
Tu as fait l’ensemble des Le Mans Series, mais tu as dû manquer les 24 Heures du Mans. Comment l’as-tu vécu ?
« Forcément, ce n’était pas évident. Le Mans, c’est l’événement de l’année, la course que l’on attend et que l’on prépare durant des mois. C’était difficile de ne pas prendre le volant. Néanmoins, le fait d’être dans le stand m’a permis d’apprendre, de voir des choses différentes. J’ai pu découvrir le travail de toute l’équipe, la façon de gérer les événements, d’analyser les situations. Je ne peux pas voir ça habituellement. C’était intéressant de voir l’envers du décor et je pense que ça me servira par la suite. »
Dans quel domaine as-tu appris le plus en 2008 ?
« En fait, j’ai appris le principe de l’endurance. Une notion que j’avais découverte lors des 24 Heures du Mans 2007 sur la Saleen. Préserver la voiture sur la durée d’une course ou même plus généralement développer une auto dans une logique de longévité, ce sont des choses que j’ai dû apprendre. C’est totalement différent de ce que j’avais l’habitude de connaître en monoplace. »
Place à 2009 désormais. ORECA a effectué son premier roulage fin janvier, avec le nouveau moteur AIM et des nouvelles suspensions. Qu’as-tu pensé de l’évolution de la voiture ?
« Son comportement général est bien meilleur. Nous avons progressé en fiabilité. C’était essentiel d’améliorer ce point. Nous sommes également meilleurs en performance pure, ce qui est encourageant. Concernant le moteur, le soutien d’AIM est important pour nous. Avec le temps, ça va payer. Quant aux suspensions, la voiture est plus confortable, plus efficace. Nous bénéficions aussi d’une plus grande plage de réglages. Tout cela va dans le bon sens. »
Est-ce que toutes ces évolutions vont-elles vous permettre de vous battre avec les Usines ?
« Nous allons nous en rapprocher. Nous avons tellement évolué au cours des derniers mois. Nous faisons des pas énormes et nous avons encore une grande marge de progression. Sans compter que le règlement va nous aider à combler une partie de l’écart, avec une meilleure équivalence. La redimension de l’aileron redistribue les cartes et remet les concurrents à niveau, même si nous savons qu’Audi et Peugeot ont de gros moyens pour exploiter le règlement. »
Un troisième constructeur sera présent officiellement, Aston Martin. Comment vois-tu leur arrivée ?
« Je pense qu’il s’agit d’une bonne référence pour nous, d’autant qu’ils seront en Le Mans Series. L’an dernier, la Lola-Aston Martin était déjà proche des Usines, donc ils vont encore se rapprocher. Nous verrons après les premiers tests, mais nous devons être au plus proche d’eux. Je dirais même que nous devons nous battre avec eux. »
Quels seront les objectifs pour 2009 en Le Mans Series ?
« Il va y avoir huit à dix voitures compétitives, donc ça promet une belle bagarre. Je pense que nous avons une chance de tirer notre épingle du jeu. ORECA a joué la continuité, avec Olivier et moi. Nous allons faire le maximum et j’espère vraiment jouer le podium régulièrement. Je veux regoûter aux sensations que j’ai connues à Spa. »
Et au Mans ?
« Il y a trois Usines donc la donne est différente, mais l’objectif doit être de faire mieux qu’en 2008. C’est nécessaire de faire mieux. Nous voulons progresser à chacune de nos sorties et ce d’autant plus aux 24 Heures du Mans. Et finalement, compte-tenu du plateau, une huitième place (le résultat d’ORECA en 2008) serait une belle performance. Mais j’espère qu’on fera mieux ! »
L’an dernier, on a beaucoup parlé de premier des « non-diesel ». Cette année, est-ce que ce sera la même chose ?
« Je pense qu’il faut arrêter avec les « diesel, pas Diesel ». L’équivalence est ce qu’elle est. Nous ne devons pas nous préoccuper de cela. Nous devons faire notre chemin et progresser. Audi et Peugeot sont des Usines. Même si elles avaient été en essence, nous aurions eu du mal. A nous de travailler pour les rattraper ! »
Pour conclure, dans quel état d’esprit es-tu ? Confiant ?
« Oui, j’ai confiance. Je me suis engagé sur le moyen terme avec ORECA car le projet est convaincant. Même en ces temps de crise, le team a continué à bosser. Toute l’équipe a travaillé encore plus qu’en 2008. C’est la preuve qu’il y a une grande motivation, une grande détermination ! »
Propos recueillis par Anthony Megevand